La santé est un des budgets les plus importants (11% du PIB pour la France) dans tous les pays développés et l'une des
priorités principales des peuples.
Ce secteur est touché de plein fouet par les politiques néolibérales comme tant d'autres services publics.
Pour certains services publics, libéralisation, mise en concurrence et privatisation passent par les directives européennes et leur transposition. Pour la santé, comme pour l'éducation
d'ailleurs, le processus est beaucoup plus complexe. S'y conjuguent les effets potentiels de la directive "Services dans le marché intérieur", la stratégie de Lisbonne (adoptée en mars 2000) et
ses divers instruments : la méthode ouverte de coordination (MOC), les lignes directrices intégrées (LDI), les plans nationaux de réforme (PNR), qui renforcent les politiques nationales
ouvertement néolibérales.
Certes, la protection sociale obligatoire et complémentaire, les services à la personne, le secteur social et médicosocial, les services d'aides et d'accompagnement à domicile des publics
fragiles, sont en principe exclus de la directive "Services dans le marché intérieur", qui les considère comme des services sociaux d'intérêt général (SSIG).
Mais outre le fait que ce classement peut être remis en cause, ces services n'échappent pas au droit communautaire de la concurrence et des libertés de prestation de services et
d'établissement.
Le rejet de la version première de la directive dite "Bolkestein" par le Parlement européen en 2005 n'a donc pas mis fin au processus d'harmonisation par le bas des protections sociales
européennes et mondiales.
Le processus de marchandisation et de privatisation des systèmes de santé et de sécurité sociale s'est même fortement accéléré dans tous les pays européens.
Partout, la privatisation des profits et la socialisation des pertes fait figure de ligne de conduite des dirigeants nationaux et européens. Partout, les inégalités sociales de santé augmentent
et le principe de solidarité fait place au principe de la sélection par le risque. Partout, les firmes multinationales de l'assurance et de la pharmacie accentuent leur lobbying.
Les contre-réformes françaises (de Juppé à la réforme Bachelot en cours de discussion, en passant par Douste-Blazy, les franchises, les dépassements d'honoraires, les attaques contre les
mutuelles et le plan Hôpital, etc.) ne sont que la version française d'une politique néolibérale internationale.
Dans le contexte de la campagne électorale européenne, il faut
éclairer les rapports entre politique européenne et politiques nationales, sans oublier l'action des firmes multinationales privées et autres groupes d'intérêts. Il faut tracer des pistes
alternatives visant à dégager par l'action l'ensemble du secteur de la santé et de la protection sociale de la logique du marché et de la concurrence "libre et non faussée".
Les effets de la directive "Services dans le marché intérieur", de la stratégie de Lisbonne et les différentes politiques nationales, ont pour point commun d'être contraires aux principes
de solidarité et d'universalité auxquels les peuples sont attachés.